Certains ouvrages entretiennent avec la Comédie-Française des relations particulières. Un fil à la patte, trois actes représentés pour la première fois en 1894, de l'autre côté du jardin, au Palais-Royal, est une pièce qui semble avoir été écrite pour la troupe. Le Français attendit 1961 pour l'inscrire à son répertoire, et la production entra dans la légende sous la houlette de Jacques Charon. On peut prédire sans risque le même devenir à la mise en scène de Jérôme Deschamps. Lui qui fut spectateur assidu, pensionnaire éphémère (de 1974 à 1976), s'appuie sur une distribution qu'il a élaborée et qui donne à la représentation de la couleur, du piquant, de la grâce, de la férocité, de l'intelligence, de l'énergie, bref, tout ce que requièrent la redoutable mécanique de Georges Feydeau et sa grande écriture. Rien chez lui n'est laissé au hasard. Le moindre soupir est noté et, lorsqu'on lit ses pièces (excellente édition d'Henry Gidel chez Garnier), on est frappé : les didascalies, les indications prennent autant sinon plus de place que les répliques ! Lui-même d'ailleurs signa la mise en scène, à la création, d'Un fil à la patte et s'adressa cette unique injonction : "Le spectateur ne doit jamais reprendre son souffle." Comptez sur la brillantissime troupe du Français pour vous y aider ! Ils sont quinze, sociétaires et pensionnaires, avec en renfort des élèves comédiens, des figurants qui portent avec une allégresse communicative la folie de Feydeau, attisée par celle d'un Jérôme Deschamps qui apporte sa science du burlesque et sa déraison. Guillaume Gallienne, merveilleux dans deux rôles, a dit ici même le talent fabuleux de ses camarades.
<b>Armelle Héliot</b>
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